

Équiper son bloc, enfiler son gilet, maintenir masque et détendeur et se glisser dans l’eau...
Une action maintes fois répétée, toujours riche en promesses et satisfactions à venir. Puis évoluer en apesanteur, en écarquillant les yeux pour profiter du spectacle. Dès le début de cette plongée sur ce site au nom évocateur de Heaven, une première tortue se présente. Certes mon guide m’avait prévenu de leur présence : « Here, turtles. A lot. Open your eyes ! » Je ne m’attendais pas pourtant à tomber sur un spécimen après seulement 30 secondes d’immersion. Nonchalante, la belle se laisse admirer. Tout à coup la lumière s’assombrit derrière moi. Tiens, le ciel se voile bien vite ici. Mais les nuages n’émettent pas de son, ni ce bruissement allant crescendo. Je me retourne et là, surpris devant le spectacle, je ne peux m’empêcher d’esquiver un mouvement de recul. Face à moi approche un mur vivant, une vaste surface ondulante et argentée. Point intimidées, des centaines de carangues à gros yeux (Caranx sexfasciatus) viennent à notre rencontre puis commencent à défiler sous mon regard ébahi. Le ballet est envoûtant. Tout à coup, une explosion survient.
Les animaux viennent de changer brutalement de direction et glissent d’un même mouvement dans le bleu. Quelque chose ou quelqu’un visiblement les effrayer…

Au cours des plongées suivantes, ce "bang" que fait les carangues se reproduira sans que je ne parvienne jamais à en discerner la cause. Est-ce la présence dans les parages d’un prédateur à ailerons ? Impossible de le savoir car je n’en verrais pas, même au loin. Mais revenons à nos tortues. Deux espèces cohabitent dans les eaux de Balicasag : la verte et l’imbriquée. Comment les reconnaître et les différencier ? La carapace d’une tortue verte est formée de plaques brillantes avec des taches radiaires jaunes, vertes et noires alors que celles de la tortue imbriquée possède des écailles tirant sur le brun/rouge et posées un peu à l’image des tuiles d’un toit. La tortue verte étant majoritaire, difficile de se confondre. Au fil des immersions, je constaterais qu’à Balicasag d’ailleurs que les petits spécimens sont rares, la majorité des individus étant des adultes aux dimensions parfois impressionnantes.
Il serait cependant injuste de réduire l’intérêt des lieux à ces seuls reptiles, si imposants soient-ils. Au pied de l’île aux tortues, évolue une bonne partie de la faune tropicale classique : mérous, perroquets, murènes, barracudas... Ces poisons différemment colorés se dissimulent ou gravitent avec bonheur autour de coraux, éponges et gorgones resplendissantes de santé. Si l’on plisse les yeux vers le bleu dans l’espoir de deviner la silhouette d’un requin baleine de passage, il ne faut pas oublier d’ouvrir sa pupille pour scanner les coraux, à la recherche d’une de ces merveilles miniatures qui font la réputation des Philippines, poissons crapauds (antennaires) ou autres. Les jours suivants, nous alternerons entre la poursuite de l’exploration des fonds de Balicasag et la découverte de ceux de Panglao et Pamilacan, les îles voisines. L’ultime plongée effectuée, notre bangka glisse sur une eau lisse en direction de notre camp de base d’Alona sur Panglao.
Le lendemain, visite des fameuses collines chocolat (Chocolat Hills). Ces formations géologiques uniques doivent leur nom à leur végétation qui devient brune à la saison sèche. De quoi donc sont constitués ces cônes de près de 50 mètres de haut ? De corail et de coquillage, bien sûr !
La tortue imbriquée (*Eretmochelys imbricata*), appelée aussi tortue à écailles, et la tortue verte (*Chelonia mydas*) constituent les deux espèces marines présentes dans les eaux de Balicasag (et alentours). Si quelques uns des spécimens de *Chelonia mydas* sont vraiment imposants, ce n’est pas si surprenant. Des poids de 300 kg pour des longueurs de carapace de 1,5 m ont été déjà mesurés. Malgré sa taille, la tortue verte est la plus rapide de toutes les espèces marines, Madame ayant été contrôlée une vitesse proche des 35 km/h.
Quant à l’imbriquée, bien que moins représentée ici, il s’agit de la tortue de mer la plus menacée d’extinction en raison de la qualité supérieure de son écaille. Plusieurs caractéristiques uniques distinguent *Eretmochelys imbricata*. C’est tout d’abord, le seul reptile spongivore connu. C'est-à-dire que cette tortue se nourrit d’éponges, un régime alimentaire des plus rares étant donné qu’une fois ingérée, la plupart des éponges présente un risque toxique. Ensuite, l’animal est capable de supporter des pressions importantes (on en a observé à 70 m de profondeur) et de retenir son souffle tout en nageant sous l’eau pendant une durée des plus conséquentes, à savoir près d’1 heure 30 !
Alona Beach, - 5 à - 25 m, petit tombant, faune fixée variée
Kalipayan, - 5 à - 25 m, coraux et sable, beaucoup de nudibranches
Doljo, -10 à - 35 m, tombant et récifs, éponges, belles gorgones et poissons crapaud
Napaling, tombant, - 15 à - 40 m, corail noir, larges gorgones, bancs de barracudas
Puntod, - 15 à -40 m, coraux mous et gorgones, vie marine riche
Black Forest, - 20 à - 40 m, coraux noirs (tirant plus sur le jaune et le vert), barracudas, beaucoup de petits poissons (macro)
Heaven, - 15 à -25 m, tortues et carangues !
Cathedral, - 25 à -30 m, tombant avec éponges et gorgones, tortues et faune classique
Rico’s Wall, - 25 à 30 m, idem Cathedral
Pamilacan North, - 15 à - 30 m, forêt de corail noir, vie abondante
Snake island, - 10 à - 25 m, présence du cobra de mer dit aussi tricot rayé (*Laticauda colubrina*), courant parfois fort
